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Coronavirus : au Brésil, tous les moyens sont bons pour faire de la prévention

By May 10, 2020 No Comments
La chanteuse brésilienne Ludmilla lors d'un concert à Rio, en octobre 2019.

Dans le pays le plus peuplé d’Amérique latine, les initiatives se multiplient pour tenter d’informer aussi bien les habitants des favelas que les communautés indigènes isolées des risques de contagion. Des messages notamment relayés sur certaines plateformes pornographiques.

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Face à l’avancée du coronavirus au Brésil, nation la plus touchée par la pandémie de Covid-19 en Amérique latine avec plus de 800 morts et 15 927 cas confirmés à la date du 8 avril, certains rivalisent d’originalité pour alerter la population et former leurs concitoyens aux mesures d’hygiène élémentaires.

Les artistes donnent de la voix

20 h 30. Leo n’a jamais été aussi ponctuel. Cet habitant d’un quartier cossu de Rio farfouille tous les soirs dans les placards de sa petite colocation pour prendre une casserole et une spatule. Le rituel est un défouloir : il faut taper aussi fort que possible à sa fenêtre pour protester contre la politique de Jair Bolsonaro. Ce mardi 7 avril, le jeune homme en a presque mal aux bras : la rumeur courait que le président brésilien voulait démettre de ses fonction le ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, partisan d’un confinement total et, depuis quelques jours, en opposition constante avec la politique du chef de l’État, qui redoute des conséquences économiques trop néfastes. “On devrait avoir honte d’avoir un président comme ça, peste Leo. Tant qu’on restera chez nous confinés, je taperai sur ma casserole, c’est la seule chose qu’on peut faire contre lui.”

>> À voir : la virologue Fernanda Grassi fait le point sur la pandémie au Brésil

Mais au pays du rythme, les quartiers populaires ont aussi leur mot à dire. Du haut de sa terrasse, affublé d’un masque de protection d’un bleu qui détonne dans le ciel gris de la région de Santos (État de Sao Paulo), MC Mascota 70 balance son flow. “On parle de ce problème qui a envahi notre Brésil… On va se prémunir, et laver nos mains avec du gel hydroalcoolique.” Le rythme saccadé rappelle les meilleures soirées funk des favelas du Brésil. Mais aujourd’hui, la plupart des gangs ont interdit ces fêtes populaires où l’on danse collé-serré. Alors, munis de leurs téléphones, les artistes donnent de la voix pour faire passer un message simple : lavez-vous les mains. Cela paraît évident mais dans ces quartiers populaires souvent abandonnés des pouvoirs publics, l’eau courante et le tout-à-l’égout sont rares. La promiscuité empêche souvent de respecter les distances demandées pour éviter la propagation du virus. Et les chanteurs ou chanteuses de funk font mouche dans ces quartiers, à l’instar de Ludmilla, artiste aux 21 millions de fans sur Instagram, qui a posté il y a une semaine la vidéo “On va se protéger”.

Des messages en guarani

Le virus est arrivé par les grandes villes. Sao Paulo, Rio de Janeiro… et il s’est répandu jusque dans les coins les plus reculés du Brésil. Ce que tous les défenseurs de la cause indigène craignaient… Jusque dans les villages des peuples natifs.

Comment prévenir des communautés parfois reculées qui ne parlent pas bien le portugais ? Un jeune policier militaire de Japora, dans la région de Campo Grande, en plein territoire guarani, a décidé d’agir : il a envoyé aux jeunes des communautés, plus susceptibles d’avoir avec eux un téléphone portable, une vidéo de prévention dans leur propre langue, le guarani. Une initiative reproduite un peu partout dans le pays, par les paroisses, les associations et même les dirigeants de villages indigènes. Une manière efficace d’expliquer l’importance des gestes d’hygiène et de la distance. Une distance que les indigènes ont toujours défendu. Ce n’est pas la première fois qu’ils sont menacé par un virus “de blanc”.

Plusieurs femmes indigènes, dont Sonia Guajajara, militante et femme politique brésilienne, se sont associées pour diffuser une vidéo alertant sur les risques de contagion dans ces communautés à l’immunité plus fragile.

De l’eau bénite tombée du ciel

Comment faire pour convaincre le plus grand pays catholique au monde de rester confiné alors que Pâques approche ? Le prêtre Emerson Rogério Anizi a décidé de miser sur la technologie. Dans son diocèse de l’intérieur de l’État de Sao Paulo, en plus de mettre à disposition des logements pour les sans-abri et d’appeler tous les jours par WhatsApp ses paroissiens de plus de 60 ans isolés pour leur tenir compagnie, il a décidé de voir plus grand.

C’est ainsi que le 24 mars dernier, les petites villes de Botuacu et de Sao Manuel ont été survolées par trois avions. Le premier contenait des objets liturgiques, le deuxième le prêtre et des invités pour prier ensemble et le troisième… était chargé d’asperger les habitations d’eau bénite. Ou comment recycler les très polémiques avions de pulvérisation de pesticides à des fins spirituelles.

Pour le prêtre, “c’était un moyen de montrer à toute la population ainsi qu’aux personnels soignants qu’ils ne sont pas seuls. Cet événement a eu pour but de transcender les barrières religieuses, sociales et culturelles.”

De la prévention en petite tenue

Pour Dayse aussi, il est important de se libérer de cette angoisse générée par le nouveau coronavirus, tout en restant chez soi. Actrice porno pour une plateforme de vidéos en direct, elle nous explique que le porno l’aide autant que ses clients à se libérer de ce stress. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier les gestes essentiels de prévention ! À chaque début de session, Dayse parle du coronavirus avec ses clients. Elle n’hésite pas à leur montrer comment bien se laver les mains.

Pour elle, le porno est un excellent moyen de faire passer des messages d’information essentiels car il réunit un public très large et très éclectique. La plateforme a d’ailleurs vu son nombre de clients augmenter de 30 % en mars par rapport au mois de février. Comme elle, dix actrices porno ont tourné des petites vidéos en lingerie sexy pour expliquer les gestes d’hygiène de base, de manière à maintenir l’attention de l’internaute jusqu’à la fin.

Dayse a remarqué que les demandes ont changé depuis l’arrivée du coronavirus. Les costumes de médecin et d’infirmière sont ainsi revenus à la mode et le lavage de mains fait partie des demandes de certains fétichistes.

Article réalisé avec l’aide de Mathilde Bigeault

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