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Face au coronavirus, l’inquiétude grandit pour les derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale

By May 10, 2020 No Comments
A gauche, Frida Wattenberg, en 1999. A droite, Henri Ecochard, en 2019.

Particulièrement vulnérables face au Covid-19, plusieurs grandes figures de la Seconde Guerre mondiale, déjà très âgées, ont été emportées par le virus. Face à la disparition de ces mémoires vivantes, les musées réfléchissent déjà à de nouvelles formes de transmission.

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Frida Wattenberg avait 95 ans. Elle a succombé au coronavirus, vendredi 3 avril, à l’Ehpad de la Fondation Rothschild, à Paris, quatre jours avant son 96e anniversaire. Symbole de la Résistance juive, elle avait aidé pendant la guerre à faire passer de nombreux enfants en Suisse. Léa Figuères avait un an de plus. Ancienne résistante dans la région lyonnaise et militante communiste, elle aussi a été terrassée par le Covid-19. Elle est décédée, lundi 6 avril, à l’hôpital de Clamart.

C’est avec beaucoup de tristesse et d’émotion que nous avons appris hier soir la disparition de Léa Figuères dit Andrée,…

Publiée par Pcf Malakoff sur Mardi 7 avril 2020

Héros des Forces françaises libres, combattant de Bir Hakeim et du débarquement de Provence, Henri Ecochard a également été emporté, le 3 avril, à 96 ans, alors qu’il se trouvait dans une maison de retraite de la région parisienne. Son frère d’armes, Rafael Gómez Nieto, le dernier survivant de la “Nueve”, cette première colonne, constituée pour l’essentiel de républicains espagnols, à avoir pénétré dans Paris occupé le 24 août 1944, n’a pas non plus résisté au virus. Il est décédé le 31 mars, à 99 ans, dans une clinique près de Strasbourg. 

Le général Baptiste a la tristesse de vous faire part de la disparition d’Henri Ecochard, Français libre, et ami fidèle…

Publiée par Ordre de la Libération sur Samedi 4 avril 2020

En quelques jours, les hommages rendus à des figures de la Résistance se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Alors que la France est frappée de plein fouet par la pandémie de coronavirus, le bilan est particulièrement lourd chez les plus anciens. Avec eux, c’est tout un pan de notre mémoire qui disparaît.

“Plus disciplinés que la moyenne des Français”

“Frida Wattenberg était une personnalité. Elle connaissait tout le monde et tout le monde la connaissait”, décrit Sophie Nagiscarde, responsable des activités culturelles au Mémorial de la Shoah. “Elle était adorable. C’est quelqu’un qui a cherché toute sa vie à remettre en contact les familles séparées par la guerre. Elle n’a jamais arrêté”.

Atteinte du virus Covid-19, Frida Wattenberg nous a quittés quelques jours avant son 96ème anniversaire.

Figure de la…

Publiée par Mémorial de la Shoah sur Samedi 4 avril 2020

Cette historienne ne cache pas sa peine depuis la disparition de cette “femme de cœur et combattante infatigable”. Mais pour autant, elle n’est pas particulièrement inquiète pour la communauté des rescapés, des hommes et des femmes âgés de plus de 90 ans ou même déjà centenaires. Pour l’instant, elle n’a pas entendu parler d’autres décès parmi ceux qui interviennent régulièrement au Mémorial de la Shoah. “Nous avions prévu un cycle de conférences en lien avec notre dernière exposition ‘La voix des témoins'”, mais nous avons dû l’annuler. “Parmi ceux qui devaient y participer, aucun n’est malade”, souligne-t-elle. “Ils se sont confinés sérieusement. Ils ne sont pas de toute jeunesse, alors ils font attention depuis le début. Ils ont bien conscience que cette situation est assez exceptionnelle”.

Le Mémorial de la Shoah a par ailleurs a mis en place une cellule interne qui se charge de contacter régulièrement “ses aînés” et de s’assurer qu’ils ne manquent de rien.

Lionel Boucher, secrétaire de la Commission nationale de la médaille de la Résistance française à l’Ordre de la Libération, affiche lui aussi la même sérénité. “Je n’ai pas de contact avec tous les médaillés de la Résistance, mais en ce qui concerne les membres de notre commission, ils vont bien”, explique-t-il. “Cela ne les change d’ailleurs pas trop dans leur quotidien. Pour ceux qui vivent encore chez eux, ils sont souvent seuls et ils ne sortent plus beaucoup. De toute façon, ils sont beaucoup plus disciplinés que la moyenne des Français et ils savent le mal que la maladie peut leur apporter”.

Se préparer à la disparition des témoins

Ce responsable de l’Ordre de la Libération, qui estime qu’environ 150 médaillés sont encore en vie, est toutefois bien conscient d’assister à une période charnière : “Nous savons bien de toute façon qu’ils vont disparaître dans peu de temps, car ils arrivent à une tranche d’âge élevée. Il ne faut pas se faire d’illusion”.

“C’est dans l’ordre des choses”, note aussi Laurent Thiery, historien chargé des questions Histoire et Mémoire au musée de la Coupole d’Helfaut dans le Pas-de-Calais. “Nous nous sommes préparés à la disparition de ces témoins depuis longtemps. Bien évidemment, le contact direct ne pourra être remplacé, mais il a bien fallu réfléchir à d’autres moyens pour transmettre cette mémoire”.

Tout comme ses homologues du Mémorial de la Shoah ou de l’Ordre de la Libération, ce chercheur collecte les ultimes témoignages. Depuis plusieurs années, il va à la rencontre des survivants du camp nazi de Mittelbau-Dora, en Allemagne, où étaient notamment fabriqués des missiles V2 destinés à être envoyés vers Londres depuis la Coupole d’Helfaut, désormais transformée en musée. Pour raconter leur histoire, il s’apprêtait également à publier dans les prochains jours un dictionnaire biographique consacré aux 9 000 déportés français de ce camp. En raison du confinement, la sortie a été repoussée à la rentrée, mais les commémorations pour le 75e anniversaire de la découverte du camp par l’armée américaine, le 11 avril 1945, n’auront pas lieu. Un véritable crève-cœur. “En 2019, il y avait encore une dizaine de rescapés présents à Dora, mais cela se réduit d’année en année. Quand on arrive à cet âge-là, cela va très vite. Les semaines et les mois comptent”, note Laurent Thiery.

Bonjour à tous. En raison des évènements, nous avons décidé de reporter toutes les cérémonies prévues avant l’été à…

Publiée par Dictionnaire des Déportés de France passés par Mittelbau Dora sur Mardi 17 mars 2020

Témoigner et commémorer jusqu’au bout

Lionel Boucher prépare de son côté avec l’Ordre de la Libération le 80e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, le 18 juin 1940. Mais là encore, en raison de la pandémie, l’incertitude plane autour de ces commémorations : “J’espère que cela aura lieu car c’est beaucoup de travail et d’organisation. Ce ne sera pas n’importe quel 18 juin. Mais pour moi, le plus important reste l’humain. C’est le dernier moment peut-être où on aura encore la présence d’un Compagnon de la Libération ou de médaillés de la Résistance”.

Ces derniers témoins veulent en tout cas entretenir la flamme jusqu’au bout. A l’annonce de l’annulation du cycle de conférences prévues au printemps au Mémorial de la Shoah, les survivants invités comme Elie Buzyn ou Ginette Kolinka ne se sont pas laissés abattre. “Ils m’ont tout de suite dit qu’ils allaient revenir à la rentrée. Ils se préoccupent peu de savoir s’ils vont être malades ou pas. Ils pensent qu’ils vont passer la crise”, raconte Sophie Nagiscarde. “Ils témoigneront tant qu’ils peuvent car ils estiment que c’est leur devoir. Ils sont face à leur mort. Ils ont conscience qu’il faut transmettre”.

 

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