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“Le coronavirus, un crash-test pour l’Europe” : des députés français et allemand font front commun

By April 20, 2020 No Comments
Un patient français atteint par le coronavirus est transféré à l'aéroport de Dresde, en Allemagne, le 2 avril 2020.

Deux députés, Français et Allemand, ont cosigné une déclaration commune pour que l’Europe s’unisse face à la crise du coronavirus. Ils appellent à une “union de la santé” pour protéger les Européens. 

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La crise sanitaire du Covid-19 est une épreuve pour la construction européenne, avec un repli sur soi des États membres. Pour tenter de conserver une cohésion, deux parlementaires, un Français et un Allemand, Christophe Arend, député LREM de Forbach, et Andreas Jung, député CDU du Bade-Wurtemberg, ont écrit une déclaration commune intitulée “Ensemble contre le coronavirus”.

“Si l’UE échoue dans la crise, le virus infectera l’idée européenne, et il la détruira”, mettent-ils en garde, avant de détailler des actions de coopération entre les deux pays. 

France 24 : Comment est née l’idée de faire cette déclaration commune ?

Christophe Arend : L’idée est née dès le début de la crise sanitaire. Je suis un député frontalier de l’Allemagne. Cette crise a eu des répercussions très particulières dans notre zone. Je me suis très vite entretenu avec mon homologue Andreas Jung. Nous sommes tous les deux coprésidents de l’Assemblée parlementaire franco-allemande.

Il y avait la situation de la zone frontalière. Les Allemands fermaient les frontières. Cela générait par exemple des tensions avec des travailleurs frontaliers. Il y avait également la nécessité de pouvoir coopérer en prenant notamment en charge des malades français en Allemagne. On a essayé d’avoir l’appui des deux présidents de nos assemblées, Wolfgang Schäuble et Richard Ferrand, pour faire de la prospective. L’idée est de dire comment la France et l’Allemagne auraient pu ou pourront dans l’avenir faire face à ce genre de crises, tout en étant une force promotrice de l’Europe.

Nous sommes partis des problèmes de terrain précis que nous avons rencontrés sur la zone frontalière, mais aussi des choses positives dans l’accueil des malades. Nous avons aussi fait le constat d’un manque de concertation au départ face à une crise que personne n’aurait pu imaginer. Nous aurions pu gérer différemment en collaborant de manière plus serrée et plus tôt.

Dans votre déclaration commune, vous appelez à une “union de la santé”. En quoi cela consiste-t-il ?

Cela comporte plusieurs volets. Premièrement, nous essayons de mettre en commun les éléments de coordination. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Un certain nombre de malades sont partis de l’est de la France vers l’Ouest ou vers d’autres pays européens. Nous pouvons ainsi coordonner les capacités sanitaires de chaque pays.

Deuxièmement, avec les moyens modernes de communication, nous pouvons aussi interconnecter de manière plus dense nos réseaux de recherche : médical, fondamental ou encore scientifique. Qu’est ce que sont aujourd’hui 67 millions de Français ou 80 millions d’Allemands face aux États-Unis et à la Chine ? Si nous raisonnons à l’échelle européenne, même après la sortie du Royaume-Uni, avec 450 millions d’individus, nous avons un poids. La plupart des grandes découvertes par le passé ont été faites par des chercheurs européens.

Et troisièmement, il va falloir essayer de stocker ensemble les capacités de réaction à une telle crise. Il est plus facile aujourd’hui d’importer des respirateurs d’Allemagne vers l’Italie, plutôt que d’aller les chercher en Chine. Cela pose la question de la relocalisation de nos capacités sanitaires en Europe. Nous essayons d’avoir une Défense commune. Nous devrions, au même titre, avoir une réponse commune à une crise sanitaire de ce type.

Cette déclaration est-elle aussi une réponse à la peur du repli sur soi et à la crainte de voir l’Europe s’affaiblir avec cette crise ?

Aujourd’hui, nous nous déplaçons sur une ligne de crête extrêmement fine et nous sommes balayés par les vents. À mon sens, nous ne sommes pas encore en capacité de dire de quel côté, nous allons tomber. Avec Andreas Jung, nous sommes des démocrates convaincus et nous cherchons avec cette déclaration à faire pencher la balance du côté de la démocratie et du côté d’un avenir durable.

Ce n’est pas pour maintenir la flamme de l’Europe, mais pour la raviver. Je suis convaincu qu’il n’y a qu’à l’échelon européen que l’on peut régler certains problèmes. Lors de cette crise du coronavirus, certains se sont repliés, mais c’est contreproductif. Il faut inverser la tendance. L’Europe est vraiment l’échelon pertinent pour régler les grands problèmes de civilisation qui nous arrivent, qu’il s’agisse de l’environnement, des migrations, de l’économie ou encore de la recherche. La chancelière Angela Merkel a dit hier que c’était la pire crise que [l’UE] ait connue depuis sa création. Ce coronavirus est un peu un crash-test pour l’Europe. Il ne faut pas les interpréter comme des échecs, mais comme des prises de conscience. Commençons à regarder l’après. Notre tribune a pour but de dire : l’Europe peut s’en sortir renforcée si elle en tire les leçons. Il n’y a qu’elle qui peut nous sortir de là.

 

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